France : la chute
Nous ne faisons pas de politique, et vous le savez. Ce n’est pas notre rôle, d’autres le font (parfois bien et souvent mal). Toutefois, en tant qu’acteur économique (modeste) dans le domaine de l’édition et passionné par l’histoire économique de notre si cher pays, il nous était impossible de ne pas écrire un billet d’humeur sur un amer constat : la chute de la France.
Quand on parle de chute, il s’agit évidemment d’un développement économique qui n’a pas su répondre aux défis de notre temps. Et sur ce sujet, on peut dire que plus dur sera la chute… d’autant que nous n’avons pas terminer de tomber à la renverse ! Alors attachez vos ceintures et klaxonnez un bon coup, le temps d’atteindre le mur qui nous attends.
Le déclassement silencieux.
L’histoire économique de la France est marquée par les Trente Glorieuses (1945-1975), une période de croissance et de rattrapage spectaculaire après la seconde Guerre Mondiale. Cependant, les chocs pétroliers de 1973 et 1979 n’ont pas seulement marqué la fin d’une ère ; ils ont été le point de bascule vers un déclassement économique progressif et, pour beaucoup, vers une stagnation durable dont l’économie française peine encore à s’extraire, pour ne pas dire qu’il s’agit de sables mouvants où la France s’enfonce quoiqu’elle fasse.
Depuis le milieu des années 1970, les indicateurs clés révèlent une dynamique affaiblie. En voici rapidement une synthèse qui permet de comprendre l’étendu des dégâts :
| INDICATEURS | Avant 1974 | Après 1974 |
| Croissance annuelle | + de 5 % | Entre 1 et 2% (et encore !) |
| Dette publique | Inférieur à 20% du PIB | Plus de 110% du PIB |
| Poids industriel | Un peu supérieur à 20% du PIB | Equivalent à 10% du PIB |
| Emploi | Quasi plein emploi | Chômage structurel élevé (et chômage à + de 7%) |
Sources : Le Figaro, Le Monde, Ministère de l’Économie
Un autre indicateur équivoque du déclassement économique de la France, au delà du fait que nous sommes passés de la 5e à 7e place en tant que puissance mondiale, est l’évolution du Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant en Parités de Pouvoir d’Achat (PPA), qui mesure la richesse produite en tenant compte du niveau des prix locaux. Selon le FMI (cité par l’iFRAP), la France était encore au 13e rang mondial pour le PIB par habitant en 1980, devant les États-Unis. En 2023, elle ne se classait plus qu’au 25e rang (source iFRAP).
Ainsi, sans vous noyer sous un flot de statistiques, on peut noter que globalement l’ensemble des indicateurs qui mesurent la prestance économique d’un pays est passé au rouge carmin, malgré les politiques mises en place depuis ces deux chocs pétroliers.
Le poids (très lourd) de la dette.
Nos politiques n’ont pas compris, dans les premiers moments du décrochage économique de la France, du poids que deviendrait la dette. Ou alors peut-être le savaient-ils, et ils ont promis, lors de leurs campagnes respectives, monts et merveilles sans pouvoir assurer le financement de leurs promesses. Quoiqu’il en soit, à peine un demi-siècle, nous sommes passés d’une dette maîtrisée à une dette quasi incontrolable avec, en sus, des candidats aux prochaines présidentielles qui ne l’évoquent que sur le bout des lèvres, voire qui méprisent ce sujet si essentiel. Il est vrai que c’est tellement plus facile de dépenser l’argent que l’on n’a pas vraiment et de laisser au suivant, le soin de régler la situation.
Pour ne citer qu’une statistique, depuis 1974, les intérêts seuls de la dette représentent une part colossale : le montant cumulé des intérêts versés entre 1974 et 2023 atteignait 52,9 % de l’endettement total cumulé par la France sur cette période (source iFRAP, juin 2024) ! On jette l’argent par les fenêtres de l’Hexagone et les effets sont dévastateurs.
– En premier lieu l’augmentation de la pression fiscale.
L’augmentation des dépenses publiques depuis les années 1970 a été financée par la dette, mais aussi par un impôt croissant. La France est aujourd’hui l’un des pays de l’OCDE affichant la pression fiscale la plus forte, que ce soit pour les particuliers ou les entreprises. Alors, oui, évidemment, cela permet d’avoir des protections sociales, des équipements publics, des collectivités de qualité… mais, et il y a un “mais” d’ampleur, la dégradation de ce sytème est flagrante (les hopitaux ou l’Education nationale pour ne citer que deux exemples).
– En second lieu, notre perte de contrôle sur notre propre destin national
Il faut bien se financer quand on n’a pas les moyens, et pour ce faire, contrairement à beaucoup de pays dont la dette est principalement détenu par leurs propres citoyens, la France fait partie de ces pays qui aiment courir un risque avec entre 50 et 55% de sa dette dans la main d’investisseurs étrangers (avec un pic à 66 % en 2009 !). Pour prendre un élément de comparaison, l’Allemagne oscille entre 35 et 40 % (pour une dette bien moindre, 65% de son PIB), l’Espagne 42 %, l’Italie 27 %, le Royaume-Uni 32 %. Résultat, nous sommes bien plus sensibles que nos voisins aux fluctuations et humeurs des marchés ainqi que des entreprises qui prennent part à une partie de notre dette.
Notre ami “stagflation”.
C’est peut-être l’une des pires tragédies de la France. Notre incapacité à créer de la croissance couplée à une inflation régulière, et notre capacité à créer du chomâge structurel. Ce coktail est plus que dangereux : il est mortel.
L’inflation, bien que volatile, a été une préoccupation majeure dans les décennies suivant les chocs pétroliers, rongeant le pouvoir d’achat. Et bien que le pouvoir d’achat ait continué de progresser après 1975, sa progression a été plus faible depuis les années 1980. Le ressenti d’un pouvoir d’achat en baisse est amplifié par l’augmentation des dépenses contraintes (logement, énergie, etc.), réduisant le pouvoir d’achat “arbitrable” (ce qu’il reste à dépenser après les dépenses fixes), sans compter l’inflation “collatérale” (pour ne citer que ces dernières années : la Covid-19… et tant que maison d’édition, on peut témoigner de l’augmentation folle du prix du papier ; ou bien encore l’Ukraine).
Le ralentissement économique quant à lui s’est traduit concrètement par un taux de chômage structurellement élevé (taux de chômage à 1,6 % en 1960 à 9,8 % en 2000, et aujourd’hui entre 7 et 8%).
Attention à la marche !
Nous avons raté de nombreuses marches qui étaient celles des progrès de la fin du XXe, début XXIe.
Nous n’avons pas été capable de trouver les ressources nécessaires pour aller de l’avant comme nous l’avions fait durant les Trentes Glorieuses, via notre industrialisation dont l’aéronautique et l’automobile ont été les têtes de gondoles.
Nnos spécialités comme le nucléaire et la construction de centrales ont été quasiment abandonné en rase campagne, pour laisser la spécialisation à d’autres, tout en multipliant le nombre de normes (qui peuvent être saines si rondement accompagnées et intégrées aux entreprises)
Notre puissance agricole, notre réseau diplomatique et bien des domaines où nous étions des vigies (quand il nous reste quasiment que le luxe aujourd’hui) ne le sont plus.
Nous n’avons pas, avec l’Europe, été capable de créer un continent cohérent sur la fiscalité, sur sa défense, et avons préféré l’ouvrir toujours plus d’avantages à de nouveaux membres au lieu de renforcer les liens avec les membres déjà présents.
Enfin, nous avons globalement raté la révolution digitale (GAFAM pour les USA, BYTX pour la Chine), nous avons été naïf sur la mondialisation heureuse, etc. etc. et encore etc. La liste des erreurs pourrait tenir dans une collection encyclopédique.
Certainement que nous oublions certaines marches, mais celles-ci donnent un bon exemple de notre incurie.
Et aujourd’hui, l’IA.
Alors que la révolution de l’IA suit celle du digital, nous n’avons pas, malgré quelques licornes, de puissantes entreprises pour faire face aux géants pré-établis aux USA (Google, OpenAI, le trublion Elon Musk… ou bien encore les chipset de Nvidia) et en Chine. Nous sommes pris entre le marteau et l’enclume, sans parler de la question militaire. Bref.
Ce sont ces grands groupes qui vont décider de l’avenir, leur influence étant déjà plus importante que certains grands pays… et nous n’y sommes pas, vous l’aurez remarqué. Oui, certes, nous sommes solides sur le luxe, le tourisme et notre savoir-vivre, mais soyons dans détour le luxe (sur lequel nous avons dédié un livre) est par exemple, en cas de crise, quelque chose dont on peut se passer… ce qui n’est pas le cas des technologies embarquées dans les téléphones et les systèmes (fortement dépendant du digital) qui régissent nos vies.
L’intelligence artifielle est telle une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes.
L’IA générative et l’automatisation numérique menacent désormais le secteur des services, notamment les “professions intermédiaires” qui constituent une grande partie de la classe moyenne en France. Les entreprises qui adoptent l’IA pour la gestion administrative, la comptabilité ou le marketing voient déjà l’emploi en professions intermédiaires administratives et commerciales diminuer (source : Labo Société Numérique, Vie Publique).
Nous ne nous formons pas assez à ces outils, et il y a là un risque de “dé-qualification” : L’OCDE estime qu’une partie importante des emplois existants pourraient être soit supprimés, soit transformés radicalement (notamment des métiers à forte proportion de tâches routinières).
Ainsi, l’économie française, après avoir sacrifié l’industrie, se retrouve donc exposée sur deux fronts.
1. L’industrie survivante est insuffisante pour générer un excédent commercial durable et faire face à la dette.
2. Le secteur des services, refuge de l’emploi, est de plus en plus menacé par les outils d’IA qui concurrencent directement les tâches cognitives et administratives.
Le pari de se reposer sur les services, fait après 1974, pourrait se révéler un piège, transformant la stagnation en régression si l’automatisation du tertiaire n’est pas compensée par la création rapide d’emplois hautement qualifiés.
En somme, on est vraiment mal barrés.
Conclusion.
Nous n’allons pas donner de solutions, ce n’est ni le but de ce billet d’humeur, ni notre vocation (nous rentrerions alors sur le champ du politique) et surtout, nous n’avons certainement et modestement pas les compétences.
Cependant, ce qui est sûr, c’est que la chute de la France est spectaculaire, et comme il est dans le film La Haine, “jusqu’ici tout va bien”.

Création par IA, en lui demandant de produire un tableau qui corresponderait à cet article…
FIN
